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Déclaration du Réseau Michée sur la Mission Intégrale (2001)

La Déclaration du Réseau Michée sur la Mission Intégrale a été rédigée par les participants de la première consultation internationale de ce réseau qui s’est tenue à Oxford en septembre 2001. Les participants à cette consultation - 140 théologiens, leaders et agents de développement du monde entier - ont également contribué à la rédaction d’un excellent livre qui rend avec plus de détails la pensée et l’expérience qui sous-tend la Déclaration. Pour davantage d’informations sur ce livre intitulé Justice, Mercy and Humility : Integral Mission and the Poor, sous la direction de Tim Chester : Justice, Mercy, Humility

Introduction

Le réseau Michée est une plate-forme d’églises et d’œuvres évangéliques partout dans le monde qui s’engagent dans ce que nous avons appelé « la mission intégrale ». A l’appel de ce réseau, 140 dirigeants d’organisations chrétiennes venant de 50 pays et travaillant avec les plus démunis se sont réunis à Oxford (Angleterre) en septembre 2001 pour écouter Dieu et pour s’écouter dans le but d’apprendre les uns des autres, de s’encourager et de se fortifier mutuellement en servant la cause du royaume de Dieu parmi les pauvres.

Il se trouve que nous nous sommes réunis peu de temps après les attentats terroristes au World Trade Centre à New York et au Pentagone à Washington DC. Nous exprimons notre horreur face à cette atrocité. Dieu pleure les quelques 6000 personnes mortes, et les milliers qui en ont souffert. En même temps, nous reconnaissons que bien plus meurent inutilement tous les jours, surtout dans les pays pauvres, à cause de l’alliance maléfique de l’injustice et de l’indifférence. Dieu pleure ces morts également. Nous voulons attirer l’attention de l’Eglise et du monde sur ce scandale quotidien perpétré à l’encontre des êtres humains faits à l’image du Créateur.

Nous sommes conscients aussi de la signification symbolique de cet acte de terrorisme. A son époque, Jésus a interprété la sauvagerie de Pilate à l’encontre des Galiléens comme étant une occasion de repentance (Luc 13). Serait-il possible que cet acte, dirigé contre les symboles de la puissance économique et militaire occidentale, soit un appel à la repentance ?

Pendant notre rassemblement, nous avons entendu des témoignages quant aux effets dévastateurs de la mondialisation sur les communautés pauvres autour du monde. Nous reconnaissons l’importance du marché pour une économie saine, mais nous rejetons la tendance qui donnerait au marché un statut suprême, donnant aux biens de consommation le pouvoir de définir notre identité, et abandonnant le sort des pauvres aux seules forces du marché. Nous nommons cela de l’idolâtrie. Bien que la mondialisation contribue à la création de sociétés plus ouvertes, l’effet final en est une exclusion massive des pauvres. Peut-être la tâche sociale la plus urgente de l’Eglise pour notre génération est-elle de proposer une réelle alternative aux déséquilibres injustes de notre ordre économique mondial, ainsi qu’aux valeurs de sa culture de consommation. Dieu nous appelle à construire des « tours jumelles » mondiales de justice et de paix. Nous avons besoin de créer une coalition de compassion.

Pendant notre temps ensemble, nous avons été très émus par le cri du cœur de ceux qui souffrent, autant que par les possibilités extraordinaires de transformation grâce à la compassion de Jésus. Nous avons entendu le récit à la fois de la douleur mais aussi de la bénédiction qui se trouvent dans l’accompagnement des personnes mourant du SIDA dans une ville au Zimbabwe, où un tiers de la population est séropositif. Nous avons entendu parler de ces moments qui marquent une vie : un enfant sans membres dans une cave en Bosnie que l’on prend dans ses bras ; une communauté mexicaine à genou confessant sa complicité dans une culture de violence. Nous avons été édifiés par la puissance transformatrice de l’évangile dans la vie de toxicomanes en Asie centrale, et par le plaidoyer pour des enfants forcés à une vie de prostitution ou d’esclavage.

La mission intégrale

La mission intégrale, ou la transformation holistique, est la proclamation et la mise en pratique de l’Evangile. Il ne s’agit pas simplement de faire en même temps de l’évangélisation et de l’action sociale. Au contraire, dans la mission intégrale, notre proclamation a des conséquences sociales, puisque nous appelons à l’amour et à la repentance dans tous les domaines de la vie. Et par ailleurs, notre implication sociale a des conséquences pour l’évangélisation, puisque nous témoignons de la grâce transformatrice de Jésus Christ. Si nous ignorons le monde, nous trahissons la Parole de Dieu qui nous envoie dans le monde. Si nous ignorons la Parole de Dieu, nous n’avons rien à apporter au monde. La justice et la justification par la foi, l’adoration et l’action politique, le spirituel et le matériel, le changement personnel et le changement structurel, tout cela va de pair. Etre, faire et dire, comme vivait Jésus, voilà le cœur de notre tâche intégrale.

Nous nous sommes rappelés de la place centrale de Jésus Christ. Sa vie de service et de sacrifice est le modèle pour tout disciple chrétien. Dans sa vie et par sa mort, Jésus nous a donné un modèle d’identification avec les pauvres, pour inclure les exclus. A la croix, Dieu nous montre combien il prend la justice au sérieux : il y réconcilie avec lui-même aussi bien les riches que les pauvres en remplissant les exigences de sa propre justice. Nous servons les pauvres par la puissance du Christ ressuscité, avec l’aide de l’Esprit dans notre marche. Nous trouvons notre espérance en sachant que tout sera assujetti au Christ, et que le mal sera enfin vaincu. Nous confessons que, trop souvent, nous n’avons pas vécu une vie digne de cet évangile.

La grâce de Dieu est le battement du cœur de la mission intégrale. Nous qui recevons un amour immérité, nous devons montrer bonté, générosité et ouverture aux autres. La grâce transforme la notion de justice : celle-ci n’est plus réduite au simple respect d’un contrat, mais elle exige que nous aidions les plus défavorisés.

La Mission Intégrale auprès des pauvres et des marginalisés

Comme n’importe qui, les pauvres portent en eux l’image du Créateur. Ils ont des connaissances, des compétences et des ressources. Traiter les pauvres avec respect, c’est leur donner la capacité d’être eux-mêmes les architectes du changement dans leurs propres communautés, plutôt que de leur imposer nos solutions. Un travail avec les pauvres implique la construction de relations menant à des changements des deux côtés.

Nous encourageons des activités d’aide sociale qui sont importantes pour servir les pauvres. Mais ces activités doivent être étendues pour inclure la transformation des valeurs, le renforcement des capacités des communautés et la coopération dans des enjeux plus larges de justice. Grâce à sa présence parmi les pauvres, l’Eglise est dans une position unique pour restaurer leur dignité, donnée par Dieu, en les aidant à mettre en valeur leurs propres ressources et à créer des réseaux de solidarité.

Nous refusons l’utilisation du mot ‘développement’ dans un sens qui impliquerait que certains pays seraient civilisés et développés, alors que d’autres ne seraient pas civilisés et seraient sous-développés. C’est imposer un modèle économique linéaire et étroit du développement, qui de plus empêche de reconnaître le besoin de transformation dans les pays soi-disant ‘développés’. Tout en reconnaissant la valeur de la planification, de l’organisation, de l’évaluation et d’autres outils similaires, nous croyons que ceux-ci doivent être au service du processus de construction de relations, de la transformation des valeurs et du renforcement des capacités des pauvres.

Un travail avec les pauvres connaît des revers, de l’opposition et de la souffrance. Mais nous sommes édifiés et encouragés par les récits de transformation. Au milieu du désespoir, nous avons de l’espérance.

La Mission Intégrale et l’Eglise

Dieu, dans sa grâce, a donné la tâche de la mission intégrale à l’Eglise. L’avenir de la mission intégrale est d’implanter des églises et de donner aux églises locales la capacité de transformer leurs communautés. Des églises qui aiment et qui accueillent sont le cœur de la mission intégrale. C’est très souvent la communauté chrétienne locale qui attire avant le message chrétien lui-même.

Notre expérience de marcher avec des communautés pauvres nous interpelle au niveau du sens même de l’Eglise. L’Eglise n’est pas simplement une institution ou une organisation. Elle est formée de communautés de disciples de Jésus qui incarnent les valeurs du Royaume. L’implication des pauvres dans la vie de l’église nous oblige à trouver de nouvelles façons d’être l’église dans le contexte de nos cultures, au lieu d’être de simples reflets des valeurs d’une culture dominante. Notre message est crédible dans la mesure où nous vivons proches des autres. Nous confessons que, trop souvent, l’Eglise a recherché la richesse, le succès, un statut et de l’influence. Mais le royaume de Dieu est donné à la communauté que Jésus Christ appelle ‘son petit troupeau’.

La Mission Intégrale et le plaidoyer

Nous confessons que, dans un monde de conflits et de tensions ethniques, nous n’avons pas souvent construit les ponts nécessaires. Nous sommes appelés à travailler pour la réconciliation entre des communautés divisées par des questions d’ethnie, entre riches et pauvres, entre oppresseurs et opprimés.

Nous sommes conscients du commandement de parler pour ceux qui n’ont pas de voix, pour les droits des démunis dans un monde où les ‘droits de l’argent’ ont priorité sur les droits de l’homme. Nous reconnaissons le besoin du plaidoyer, à la fois pour s’attaquer à l’injustice structurelle et pour aider notre prochain dans le besoin.

La mondialisation est souvent en réalité la domination des cultures qui ont le pouvoir de protéger leurs biens, leurs technologies et leur image bien au-delà de leurs propres frontières. Face à cela, l’Eglise, dans toute la richesse de sa diversité, a un rôle unique à jouer en tant que vraie communauté mondiale. Nous encourageons les chrétiens à former des réseaux, et à coopérer pour affronter ensemble les défis de la mondialisation. L’Eglise a besoin d’une voix mondiale unifiée pour répondre aux dégâts causés par la mondialisation tant aux êtres humains qu’à l’environnement. Notre espoir est que le réseau Michée puisse encourager un mouvement de résistance à un système mondial d’exploitation.

Nous affirmons que la lutte contre l’injustice est spirituelle. Nous nous engageons à prier, à plaider la cause des pauvres, non seulement devant les dirigeants de ce monde, mais aussi devant le Juge de toutes les nations.

La Mission Intégrale et le style de vie

La mission intégrale est l’affaire de chaque chrétien. Nous voulons voir les pauvres au travers des yeux de Jésus qui, en voyant la foule, avait compassion d’elle parce qu’elle était à bout de forces et sans défense, comme des brebis sans berger.

Nous devons être des disciples intégraux qui utilisons les ressources de la création de Dieu de façon responsable et durable et qui transformons notre vie dans ses dimensions morale, intellectuelle, économique, culturelle et politique. Pour beaucoup d’entre nous, cela signifie un retour au sens biblique de la gestion des biens. Le concept du sabbat nous rappelle qu’il doit y avoir des limites à notre consommation. Les chrétiens riches, aussi bien au Nord qu’au Sud, doivent utiliser leurs biens au service des autres. Nous travaillons à la libération des riches de l’esclavage de l’argent et du pouvoir. L’espérance d’un trésor céleste nous libère de la tyrannie de Mammon.

Nous prions que, dans notre quotidien et dans nos contextes différents, nous puissions faire ce que le Seigneur demande de nous : pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec notre Dieu.

27 septembre 2001

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